Jean Claude BENETEAU (France)

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Jean Claude Benéteau : Une contrebasse sinon rien
Jean Claude Benéteau est un adolescent, lorsqu’il découvre le jazz, cette musique qui sortait des Juke Box des bars de La Rochelle à la fin des années 50. La base américaine toute proche et les nombreux GI avaient introduit cette musique dans ce port fortifié de l’Atlantique.

Les boites affichaient du jazz tous les soirs, même si au début de la décennie 60, une autre musique, le Rock and Roll, commençait à supplanter cette musique aux héros célèbres que ce soit Django Reinhardt, Dizzy Gillespie, Lionel Hampton, Art Blakey, Sidney Bechet.

Jean-Claude a de suite été conquis par la sonorité de la basse, et lorsqu’il écoute un morceau, il porte une attention particulière à la basse.

Son père, militaire de carrière, avait aussi été musicien, il jouait du saxo, et il avait passé le concours pour entrer à la garde républicaine, reçu aux épreuves écrites, il fut recalé aux épreuves physiques. Aussi il rentra dans l’armée et fit carrière chez les gardes mobiles.

Jean-Claude commença à apprendre à jouer du violon à l’âge de 8 ans. Mais l’expérience tourna court, la manière forte du professeur le fit renoncer.

Jean-Claude s’inscrivit au conservatoire de La Rochelle pour apprendre à jouer de la contrebasse et des percussions, il avait 17 ans… Rapidement il se mit à faire les bals d’abord comme batteur, puis comme bassiste. Parmi ses professeurs François Rabbath.

Quelques temps plus tard en 1962, le bassiste de l’orchestre de la base de La Rochelle décède et les musiciens lui proposent de faire un essai. L’essai est concluant et Jean-Claude rachète la basse de son prédécesseur et part jouer un mois à la base de Châteauroux.

Nous sommes en 1962 et Jean-Claude à l’âge de partir à l’armée. Fin 1962 il est incorporé sous les drapeaux. Après les classes, il rejoint son régiment en Algérie.

A son retour, il jouera trois ans dans les bases américaines jusqu’en 1966 où elles quittent la France suite à la décision du Général De Gaulle de quitter l’Otan.

Après, il monte à Paris et joue dans les boîtes, mais c’est déjà un peu la fin de la grande époque du jazz. Il part un an au Japon en 68-69, où il enregistre un disque avec Jean Terry, un français qui avait formé un quintet et jouait à Tokyo. Puis il ira jouer quelques temps à Honk-Kong et au Vietnam. Avant de rejoindre Paris, où il fait alors de la variété pour pouvoir vivre de sa musique et c’est ainsi qu’en 1969, il remplace Michel Gaudry, le bassiste de jazz réputé, il a joué avec les pointures depuis le début des années 60.

Michel Gaudry fait partie de l’orchestre d’un jeune chanteur débutant Serge Lama qui passe au Don Camillo dans le quartier de St-Germain- des-Prés. Un soir on lui propose de remplacer Michel Gaudry. Cela se passe bien et Serge Lama lui propose de rester et de partir en tournée. Jean-Claude accepte et il va passer prés de 20 ans derrière Serge Lama. Durant cette période il accompagnera aussi Mouloudji, Los Machucambos, Jean Vallée, Alice Dona, Isabelle Aubret, les Frères Ennemis…

Il traversera ainsi sans encombre la crise qui touche la scène jazz, avec les engagements de plus en plus rares, la difficile reconversion en studio où ils sont mal vus des requins, et la nécessité pour survivre de faire du piano bar.

Seuls quelques rares pointures échapperont à cette traversée du désert comme Guy Lafitte qui composera un tube Twist à Saint Tropez avec Martial Solal.

Lorsque Serge Lama arrête de tourner en 89/90, Jean-Claude revient au jazz toujours fidèle à la contrebasse. Il n’aime pas la basse électrique et n’a jamais cédé à cette mode. Ni non plus à la mode des aiguës dans les années 70.

A la fin des années 80, il rencontre Patrick Saussois (voir G & D 100). Patrick joue du jazz agrémenté de bons classiques de la variété. Ils enregistrent ensemble C’est magnifique avec des titres comme Deep Purple, What a wonderful world, la saison des pluies, Tenderly, Desafinado. Jean-Claude compose même un morceau Choupou, où il joue aussi de la flûte.

Jean BACHELERIE, mars 2003

Interview

Comment avez vous rejoint la filière Gitane ? 

Par Patrick Saussois en faisant le bœuf prés du Châtelet, dans un café où venait la fine fleur des guitaristes gitans : Birelli Lagrène, Rafael Fays.

 Avec qui jouez-vous régulièrement ? 

Je joue avec Patrick Saussois, Rafael Fays, et aussi avec Georges Arvanitas, nous avons fait un album P. Saussois G. Arvanitas Ph. Combelle et moi en 1992 : Easy Living. En fait, je joue avec beaucoup de monde, j’ai récemment accompagné une chanteuse de Gospel.

 Les musiciens qui vous ont le plus influencé ? 

Ray Brown, l’un des premiers contrebassistes modernes, qui a joué avec Dizzy Gillespie, Emma Fitzgerald, Oscar Peterson et aussi Duke Ellington. Oscar Petiford qui côtoya aussi la fine fleur du jazz : Dizzy Gillespie, Duke Ellington, Thelonius Monk, Sonny Rollins, puis Stan Getz et Bud Powell. Enfin Michel Gaudry m’a beaucoup marqué, c’était le premier bassiste moderne en France. Il avait un gros son.

Mes goûts vont au jazz classique : Wes Montgomery et bien sûr j’aime beaucoup aujourd’hui Birelli Lagrene. C’est un guitariste qui peut tout faire et en plus il mène intelligemment sa carrière.

 Votre premier disque ? 

C’est avec Benny Waters dans les années 60. Ce disque est ressorti en cédé dans les années 90.

 Vous avez bien connu Babik Reinhardt ? 

Oui, Babik cherchait toujours à jouer différemment. Il ne voulait pas jouer comme son père. Il a composé de très bons morceaux, même s’il a connu quelques ratés.

 Les guitaristes gitans ? 

Boulou Ferré, Rafael Fays sont d’excellents guitaristes, qui n’ont sans doute pas connu le succès qu’ils méritent, en partie parce qu’ils ont été très bons dés leur plus jeune âge et aussi parce que comme tout le monde il a fallu traverser une période où cette musique était moins demandée. Rafael Fays dispose d’une technique énorme, j’ai toujours beaucoup de plaisir à jouer avec lui. Nous avons enregistré un album il y a un an, qui devrait bientôt sortir.

Il y a aussi Dorado et Tchavolo Schmidt qui restent loin de Paris dans leur Alsace natale, Ils n’aiment pas voyager et aiment à vivre auprès des leurs.

Au-dessus du lot il y a Birelli Lagrène qui a su bien s’entourer, élargir son champ musical et qui vient de faire une belle percée.

 Que sont devenus Michel Gaudry, Jimmy Gourley ? 

Michel Gaudry ne joue plus beaucoup, pas plus que Jimmy Gourley, ils vivent un peu en dehors du monde des maîtres à penser du jazz français comme Barthélémy, Daniel Humair, qui n’apprécient pas beaucoup le middle jazz, c’est bien dommage.

Merci Jean-Claude BENETEAU.

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